Vie du MCR

 

 

 

 

Diocèse

Du divertissement à la joie

 

 

 

 Barcus, village souletin, un jeudi de l’Ascension.  C’est la fête au village.
Les « encore-fidèles » sortent de l’Eglise paroissiale. Le sifflement strident du txistu et le battement sec du tamboril les accueillent sur la place publique. De très jeunes filles entament la danse rituelle. Graciles et souriantes, elles semblent en état d’apesanteur, enchaînant leurs pas comme si elles frôlaient le sol sans le toucher. Des adultes, tous anciens danseurs, ont des fourmis dans les jambes et se risquent à les imiter. Une jeune maman, son enfant dans les bras, n’hésite pas à entrer dans le cercle magique. On s’attendrait presque à  ce que les défunts du cimetière adjacent applaudissent ! La joie se lit dans les yeux des anciens admiratifs.
Ceux-ci viennent de célébrer la messe. Ils sont conscients que, sans elle, la fête serait amputée de l’essentiel : le lien vital avec son origine et son histoire. En effet, la « fête patronale » était d’abord celle d’une paroisse  mise sous la protection d’un saint considéré comme un exemple à suivre.  D’où la nécessité de célébrer l’action de grâces, le merci reconnaissant des vivants pour les ancêtres qui posèrent les fondations d’un premier habitat dans ce lieu-dit, pour ceux qui prirent vaillamment la relève et surtout pour Dieu le donateur premier.
Une occasion pour rappeler que la vie en communauté civilisée et fraternelle est préférable à la sauvagerie de  la horde ou à l’indifférence de l’individu connecté au monde entier sauf à son voisin. Enfin, gratitude envers tous celles et ceux qui se dévouent au bien commun et, pourquoi pas, engagement personnel à œuvrer pour que cette communauté persiste et transmette ce qu’elle a meilleur.  
Sans la messe, la fête au village risque de se réduire à une manifestation rentable, susceptible d’attirer un large public de plus en plus friand de sensations fortes et débridées.
Avec elle, le divertissement se pare de la joie de pouvoir encore vivre ensemble et heureux. Que Celui qui fit danser les boiteux bénisse ces fêtes qui reviennent avec le retour des hirondelles et du beau temps… espéré !

 


Jean Casanave